L’actualité ouest-africaine est depuis un certain temps meublée par des sujets brûlants qui ne laissent personne indifférent. Il s’agit de la création d’une monnaie commune propre à la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) dénommée Eco et la situation délétère que traverse l’instance sous-régionale elle-même depuis le retrait du Mali, du Niger et du Burkina Faso, trois pays qui forment désormais l’Alliance des États du Sahel (AES). Ces préoccupations de grandes importances qui sont en passe de redéfinir toutes les normes de coopération, d’abord entre États puis vis-à-vis de l’occident, étaient également au cœur d’une conférence organisée le jeudi 18 juillet 2024 par les responsables de l’Institut des Artisans de Justice et de Paix (IAJP). La rencontre a porté sur le thème « Coopération internationale: Un regard critique et éthique sur sa contribution au développement ». Et c’est l’Abbé Raymond Bernard Goudjo, Docteur en Théologie, spécialiste de la morale sociale, Directeur Fondateur de l’IAJP/CO et actuel Directeur national de la Caritas Bénin qui en a assuré l’animation.
L’adoption de la nouvelle monnaie Eco en remplacement du franc CFA demeure à ce jour l’un des projets phares initiés par la CEDEAO. Si pour la quasi-totalité des citoyens appartenant à l’espace il urge de se départir de cet « instrument d’assujettissement et d’aliénation » imposé par le colon, le bout du tunnel ne semble toujours pas proche. Mais la question fondamentale qui taraude l’esprit des mieux éclairés à l’instar du Révérend Père Raymond Bernard Goudjo est bien celle-ci: la sortie du franc CFA pour l’Eco garantirait-elle indubitablement le développement aux pays de la CEDEAO ? Ne réfutant aucun des arguments selon lesquels la France est derrière le franc CFA, l’homme de Dieu a néanmoins insisté sur le fait de ne pas trop rêver à le délaisser brusquement. À l’en croire, la création d’une monnaie exige le respect strict des règlements internationaux colossaux. À titre illustratif, il a évoqué la difficulté qu’éprouvent les pays du BRICS à accorder leurs violons afin de créer une monnaie commune.
« Nous nous avons la chance d’avoir le franc CFA. Et c’est l’expérience du CFA qui a permis historiquement de créer l’Euro. Donc faisons très attention et ne jetons pas les choses. Posons-nous des questions clés sur le pays qui peut être le moteur de cette économie commune sous l’Eco. Est-ce le Nigéria qui a atteint un niveau de corruption indescriptible? Il vaut mieux laisser à la France diriger et cherchons. Parce que ça nous permet de nous auto-discipliner et de ne pas dépenser en désordre, même si on trouve qu’on est prisonnier. Aussi quand notre monnaie va tomber et ne sera pas soutenue, ça sera la misère. On le voit au Nigéria à côté avec le taux d’inflation. C’est un processus qui demande tout simplement du temps ».
L’AES, synonyme de rupture avec la France ou un pandémonium?
« L’AES détruit certains de ses enfants pour pouvoir grandir. Il n’y a que de la haine à l’intérieur ». C’est la description faite par le Révérend Père Raymond Goudjo à l’aune de certains éléments qu’il a analysés personnellement. « Ils n’ont pas eux-mêmes de contributions à faire. Parce que la pensée des putschistes est en train de s’essouffler parce qu’ils refusent de s’ouvrir à ce que pensent d’autres personnes qui osent ne pas penser comme eux », a également ajouté le Directeur Fondateur de l’IAJP qui dit douter fort d’un avenir radieux pour l’AES parce que leurs dirigeants se créent des ennemis intérieurs.
« Ils n’ont pas besoin de dire que des soldats français sont au Bénin ou créer eux-mêmes des ennemis quand tout patine pour bercer les peuples d’illusions. Le ver est dans le fruit ».
Quelques clés pour une société respectueuse des valeurs humaines
Bâtir une société offrant liberté et sécurité passe par le respect de cinq critères, a fait savoir le conférencier, l’Abbé Raymond Goudjo. Il s’agit de:
1- Le sang, c’est-à-dire la ferme conviction d’être un même peuple ayant un même destin.
2-Un territoire commun; c’est la conscience que le pays est le nôtre. Et que nul à part nous ne peut correctement le bêcher et lui fournir l’humus qui nous nourrit tous.
3- Une culture commune, c’est-à-dire l’héritage reçu à entretenir et à léguer à la postérité (la patrie).
4- Une loi, une constitution; c’est-à-dire l’État comme lieu de participation active dans un cadre ordonné et discipliné à la construction.
5- Un projet commun. C’est-à-dire toute la conscience collective et individuelle qui engage ses potentialités pour bâtir la nation.
« L’État ne peut se construire que si tous ses citoyens ont conscience d’être une nation ».

À préciser que c’est le Père Éric Aguénounon, Directeur de l’IAJP qui a procédé à la cérémonie de clôture de la conférence du jeudi 18 juillet 2024. Un nouveau rendez-vous est désormais pris pour le 22 août prochain. Ce sera à travers un débat qui va réunir autour de la table d’éminentes personnalités du Bénin.






